Propos recueillis par B. KHALIFA NDIAYE
Depuis que le Nigérian Stephen Keshi est arrivé à la tête des « Eperviers » du Togo, au printemps dernier, juste après la première journée des éliminatoires combinées Can/Mondial 2006 et la défaite initiale (0 – 1) en Zambie, l'équipe du Togo n'a plus perdu. L'ancien libero et capitaine des « Super eagles » du Nigeria a su bâtir une formation à son image, avec la joie de jouer et la volonté de toujours bien faire et de toujours aller plus loin qui le caractérisaient sur les terrains d'Afrique et d'Europe. Au moment où débute une semaine qui débouchera sur le très important Sénégal–Togo de samedi prochain, l'entraîneur nigérian du Togo évoque le parcours de son équipe, surprenant leader du Groupe 1 (16 points), et sa philosophie du jeu. Entretien exclusif
M. Keshi, votre équipe est leader du Groupe 1 des éliminatoires combinées Can/Mondial 2006 après 7 journées. Vous attendiez-vous à être aussi bien placé ?
Vous savez, dans le football, on ne peut jamais savoir ce qui va arriver. C'est vrai que dans notre groupe, il y a des gros morceaux comme le Sénégal, le Mali et la Zambie. Et même le Congo. Nous étions partis pour jouer et nous faire plaisir, mais nous ne nous attendions pas à être leader.
Mais cela vous rend encore plus ambitieux, non ?
Si nous sommes aujourd'hui leader, c'est parce que nous avons travaillé dur. De nouvelles ambitions, peut-être ; mais nous entrons toujours sur le terrain pour nous amuser.
Ne dites quand même pas que vous ne rêvez pas d'une participation à la Coupe du monde ?
Si, par la grâce de Dieu, nous disputons la prochaine coupe du monde, nous acceptons de bon c½ur. Mais, il faut d'abord penser à ce match contre le Sénégal qui est une équipe très solide et expérimentée ; qui a fait beaucoup de belles choses pour l'Afrique. Contre les « Lions », on va faire ce que l'on peut faire.
Votre homologue sénégalais prend ce match comme une finale. Est-ce le cas pour vous ?
Vous savez, pour moi, tous les matches sont des finales. Les matches amicaux, même les séances d'entraînement. Alors, ce match contre le Sénégal n'a rien d'exceptionnel.
Il y a tout de même la place de leader du Groupe 1 qui est en jeu...
Nous, on joue parce qu'on aime jouer. Nous viendrons à Dakar pour jouer. Ce sera juste un match.
Disposerez-vous de tout votre effectif pour ce match ?
Je crois que oui ! Tout le monde sera là. De même que l'équipe du Sénégal d'ailleurs.
Le Sénégal vous a réussi comme joueur puisque c'est vous qui aviez inscrit le but de la victoire nigériane sur les « Lions » (2 buts à 1), en ouverture de la Can 92. Evoquerez-vous ce souvenir avec vos joueurs ?
Vous savez, partout où j'ai joué en Afrique, que ce soit au Mali, au Ghana, en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso, etc., j'ai toujours eu de bons rapports avec tout le monde. C'est vrai que le Sénégal, c'était un peu spécial. Car, on y avait passé 3 semaines lors de la Can 92. C'est un pays que j'aime bien.
Une raison de plus donc pour vouloir y gagner une fois de plus ?
On ne sait jamais ce qui va se passer en football. C'est d'ailleurs ce qui fait la beauté de ce jeu. En tout cas, on viendra pour nous faire plaisir.
Mais, le Togo en coupe du monde, ce n'est plus un rêve inaccessible ?
Moi, je me dis que n'importe quelle équipe qui sortira de ce groupe fera de bonnes choses au Mondial. Le Sénégal, la Zambie, le Mali...
Le Mali est éliminé de la course au Mondial. Est-ce une déception pour vous ?
Je n'utiliserai pas ce mot « déception ». Vous savez, dans le football, il y a des moments comme ça où tout ne marche pas comme prévu. D'autres pays ont aussi connu ça, le Nigeria, le Cameroun, le Ghana, etc. Le Mali a commencé à construire une équipe ; il a de bons joueurs et va certainement rebondir.
Vous avez évoqué dernièrement des problèmes que vous aviez à bien préparer votre équipe. Les conditions se sont-elles améliorées depuis ?
Je ne crois pas avoir parlé de conditions de préparation qui laissaient à désirer.
On a lu cela dans « Afrique Football » ...
Je n'ai jamais dit cela. « Afrique Football » raconte n'importe quoi ; je ne sais pas pourquoi ils ont écrit ça... Moi, j'ai un président de fédération, Rock Gnassingbé Eyadéma qui fait tout pour nous mettre à l'aise.
Vous avez déjà disputé une coupe du monde en 94, aux Etats-Unis, en tant que joueur avec le Nigeria. Ne rêvez-vous pas d'y retourner comme coach ?
Vous savez, c'est le rêve de tout entraîneur de disputer au moins une fois la coupe du monde. Ne serait-ce que pour son expérience. Et j'aimerais bien y retourner, par la grâce de Dieu.
Il y a l'obstacle du Sénégal à franchir d'abord. Comment voyez-vous ce match du 18 juin ?
Comme je l'ai dit tout à l'heure, le Sénégal est une grande équipe. C'est une équipe que nous respectons beaucoup. Vous savez, les Sénégalais, ce sont nos grands frères, ils ont déjà fait tellement de choses. Nous, on vient pour apprendre. Le Sénégal a beaucoup d'expérience. Nous, on vient juste de commencer. Nous avons des joueurs, mais pas encore une vraie équipe.
Ne cherchez-vous pas là à endormir les Sénégalais ?
Non, pas du tout ! Je pense ce que je dis. Même si en football, on ne peut jamais savoir ce qui va se produire.